Aftissat I : une étude chiffre l'hydrogène vert issu de l'écrêtage éolien marocain à 2,87 €/kg
Résumé exécutif
Une modélisation publiée dans la revue Hydrogen chiffre à environ 510 tonnes par an la production d'hydrogène vert que pourrait fournir l'écrêtage du parc éolien Aftissat I, à 2,866 €/kg, avec un électrolyseur de 10,867 MW. Le signal est technique et sans décision d'investissement, mais il met en lumière une électricité renouvelable non exportable faute de capacité de réseau, sujet central pour la politique énergétique du Royaume. Le site étant présenté au Sahara occidental, toute communication doit rester strictement factuelle ; à surveiller : taux d'écrêtage publiés par l'ONEE et annonce éventuelle d'un pilote adossé à l'OCP.
Impact pour le Maroc
Court terme (0 à 3 mois) : Impact quasi nul sur les flux énergétiques du Royaume, l'étude étant une modélisation sans décision d'investissement. Les acteurs directement concernés sont l'Université Hassan II de Casablanca, qui peut capitaliser sur la publication, et les équipes d'exploitation du parc Aftissat I, qui doivent vérifier les hypothèses d'écrêtage et de raccordement sur données réelles. Le risque immédiat est surtout d'image : le Sahara occidental étant un sujet de contentieux, une médiatisation étrangère peut être reprise par des acteurs hostiles sans que les faits techniques soient discutés. Moyen terme (3 à 12 mois) : si les niveaux d'écrêtage sont confirmés par l'ONEE, la question de la valorisation des surplus éoliens entrera dans les arbitrages du MEF et du ministère chargé de l'Énergie, en articulation avec les appels d'offres renouvelables en cours, dont le programme Noor PV de 350 MW. Un pilote d'électrolyse pourrait être envisagé avec l'OCP comme débouché potentiel pour l'ammoniac, sous réserve de financement et d'un cadre réglementaire de l'hydrogène. Long terme (12 à 36 mois) : si une filière hydrogène se structure, le Maroc pourrait positionner des capacités de stockage et de production décentralisée dans ses provinces du Sud, ce qui recomposerait la carte industrielle et territoriale de l'électricité renouvelable et renforcerait la souveraineté énergétique face à la facture gazière et pétrolière. Ce scénario dépend d'une baisse du coût de l'électrolyse et d'un cadre réglementaire explicite. Parties prenantes marocaines : Université Hassan II de Casablanca (équipe de recherche, valorisation scientifique) ; ONEE (gestionnaire du réseau, contraintes d'écrêtage et de raccordement) ; ministère chargé de l'Énergie et NARSA (cadre réglementaire de la production et de l'hydrogène) ; MASEN (expertise renouvelable et planification) ; OCP (débouché potentiel en ammoniac et engrais) ; AMDIE (attraction d'investissements dans l'hydrogène dans les provinces du Sud) ; CGEM (représentation des industriels de la chimie et de l'énergie) ; MEF (arbitrage budgétaire sur les subventions à l'électrolyse). Contre-thèse : l'étude pourrait rester un exercice académique sans suite si l'électrolyse demeure coûteuse face au gaz et si le réseau est renforcé plutôt que les surplus valorisés ; la localisation au Sahara occidental peut aussi freiner des partenaires sensibles à ce contentieux.
Pourquoi ce score
Score de 57, en deçà du repère de scoring (61), pour trois raisons. Premièrement, le lien avec le Maroc est direct sur le plan géographique et institutionnel (site présenté comme marocain, université casablancaise), ce qui justifie de rester dans la fourchette « lien clair » (51 à 70). Deuxièmement, la portée est limitée : il s'agit d'une modélisation techno-économique publiée dans une revue scientifique, sans décision d'investissement, sans contrat et sans calendrier, et le texte précise lui-même que la faisabilité réelle reste à établir. Troisièmement, le calibrage par rapport au contexte récent : l'appel d'offres Noor PV de 350 MW (64) et l'alerte sur les importations de produits pétroliers (70) pèsent davantage sur les décisions énergétiques du Royaume ; ce document relève davantage du signal technique. Les articles fournis ne reposent que sur une seule source (Hydrogen Fuel News relayant l'étude), ce qui impose une prudence sur les chiffres (510 tonnes, 2,866 €/kg, 10,867 MW), non recoupés. Un sceptique objecterait que l'écrêtage invoqué est conjoncturel, lié à un réseau sous-dimensionné appelé à se résorber, ce qui rendrait le modèle obsolète avant d'être testé. Il est probable, de surcroît, que le coût de 2,87 €/kg repose sur une électricité d'écrêtage à faible coût marginal, hypothèse à vérifier. Le risque d'une lecture alarmiste serait de surinterpréter la dimension Sahara occidental, alors que l'étude reste technique.
Recommandation
Niveau : surveiller. Pour qui : ONEE (direction du réseau et planification, écrêtage et raccordement d'Aftissat I), ministère chargé de l'Énergie, NARSA, MASEN, AMDIE pour le volet provinces du Sud, OCP (direction énergie et hydrogène), Université Hassan II de Casablanca (valorisation scientifique). Action concrète : 1) observation : demander à l'ONEE et à l'opérateur du parc les taux d'écrêtage réels du site sur les trois dernières années afin de vérifier l'hypothèse de l'étude ; 2) note de veille : produire une fiche technique comparant le coût de 2,866 €/kg à celui de l'hydrogène gris et aux références internationales ; 3) marché : sonder discrètement l'OCP sur son intérêt pour un débouché hydrogène-ammoniac dans le Sud, sans engagement ; 4) communication : éviter tout registre triomphaliste afin de ne pas exposer le dossier au contentieux du Sahara occidental, tout en préparant des éléments factuels en français, en anglais et en espagnol si le sujet est repris par des médias étrangers. Délai : sous 1 mois. Un passage au niveau « analyser » est recommandé si un appel d'offres, un pilote ou une décision du régulateur apparaît. Signaux à surveiller : taux d'écrêtage publiés par l'ONEE, annonce d'un pilote d'électrolyse adossé à un parc éolien marocain, réponse de l'OCP ou d'un industriel de l'ammoniac, cours du gaz naturel européen (repère du coût de l'hydrogène gris), et reprise de l'étude par des acteurs politiques ou médiatiques hostiles au Maroc.