Audiovisuel public : 487 MDH de pertes en 2025, la fusion 2M-SNRT devient un enjeu budgétaire
Résumé exécutif
Un rapport officiel annexé au PLF 2027 chiffre à 487 MDH les pertes de la SNRT et de Soread-2M en 2025, la SNRT vivant à près de 64 % de la taxe de soutien aux médias. Le signal est d'abord budgétaire et de gouvernance interne, sans portée diplomatique à ce stade, mais la fusion envisagée avec 2M et Medi 1 TV transforme le dossier en question de modèle économique de l'audiovisuel public. À surveiller : arbitrage budgétaire en commission des finances et formalisation juridique de la fusion.
Impact pour le Maroc
Court terme (0 à 3 mois) : L'impact est d'abord budgétaire et politique. Le débat sur le PLF 2027 pourrait intégrer ces pertes pour justifier soit un soutien accru aux entités audiovisuelles, soit une rationalisation de la taxe de soutien aux médias, dont dépend près de 64 % du chiffre d'affaires de la SNRT. La commission des finances de la Chambre des représentants et la direction du budget du ministère de l'Économie et des Finances seraient les lieux où ces arbitrages se joueraient. Le marché publicitaire télévisuel constitue le second front : la part de 65,8 % captée par Soread-2M ne protège pas un chiffre d'affaires en recul de 10 %, ce qui invite les annonceurs à arbitrer entre télévision et numérique. Les producteurs audiovisuels nationaux, qui vivent en partie des commandes des chaînes publiques, pourraient ressentir un ralentissement de la programmation. Moyen terme (3 à 12 mois) : La fusion annoncée de Soread-2M et de Medi 1 TV dans la SNRT, si elle est formalisée, impose un travail sur les statuts, la gouvernance, les conventions sociales et le périmètre des actifs. Il est probable qu'un texte ou un décret soit nécessaire, et que la direction de la SNRT engage une revue des coûts de grille et des fonctions support. Les investissements, en recul de 30 % à 197 MDH, pourraient être réorientés vers le numérique et le streaming, sous contrainte budgétaire. Long terme (12 à 36 mois) : Recomposition du paysage audiovisuel public autour d'un pôle unique, avec un modèle économique à redéfinir entre taxe affectée, financement budgétaire et ressources publicitaires. La question de l'indépendance éditoriale et du rôle du régulateur (HACA) deviendra centrale. La soutenabilité de long terme dépendra de la croissance de l'assiette de la taxe de soutien, donc de la santé du secteur médiatique national. Parties prenantes marocaines : Ministère de l'Économie et des Finances (arbitrage budgétaire, direction des entreprises publiques), ministère de la Communication (tutelle), SNRT (chaîne publique, fusion), Soread-2M (chaîne 2M, dont le chiffre d'affaires recule), Medi 1 TV (intégration prévue), HACA (régulation et pluralisme), Cour des comptes (contrôle des entreprises publiques), commission des finances de la Chambre des représentants (vote du budget), CGEM et annonceurs (demande publicitaire). Contre-thèse : La baisse des pertes combinées (de 770 à 487 MDH) et la hausse du chiffre d'affaires de la SNRT pourraient révéler une trajectoire de redressement, la fusion pouvant réduire les coûts fixes. Le rapport étant adossé au PLF, les montants pourraient être réajustés avant le vote définitif.
Pourquoi ce score
Score de 56, en deçà du repère de scoring (66), pour un calibrage fondé sur la portée stratégique réelle. Le lien avec le Maroc est direct et total : il s'agit de l'audiovisuel public marocain, de ses comptes et de son financement, dans le cadre d'un rapport officiel annexé au PLF 2027. Le palier « lien clair » (51 à 70) est donc atteint. Mais la portée reste interne et de moyenne intensité : aucune décision n'est prise, aucun acteur étranger n'est engagé, et les montants (487 MDH, soit environ 49,5 M$) pèsent peu face aux postes du PLF 2027 notés dans le contexte récent entre 68 et 74. Les articles fournis reposent sur une source unique (Al-Araby Al-Jadid) qui cite le rapport : les chiffres sont précis et internement cohérents (131 + 356 = 487 MDH ; 428 MDH de taxe sur 672 MDH de chiffre d'affaires), mais non recoupés, ce qui justifie une confiance moyenne et un score prudent. La trajectoire est, de plus, meilleure que la formulation « pertes de centaines de millions » ne le laisse entendre : les pertes combinées reculent d'environ 37 % en un an et le déficit de la SNRT passe de 410 à 131 MDH. Un sceptique objecterait que la hausse de 53 % du chiffre d'affaires de la SNRT est largement artificielle, puisqu'elle repose sur la taxe de soutien aux médias, et que l'amélioration du résultat tient à un transfert fiscal plutôt qu'à la performance commerciale. Le risque d'une lecture alarmiste serait de traiter ce dossier comme une crise de l'audiovisuel alors qu'il s'agit d'un problème de modèle économique et de gouvernance, traitable dans le cadre budgétaire ordinaire.
Recommandation
Niveau : surveiller. Pour qui : ministère de l'Économie et des Finances (direction du budget et direction du Trésor), ministère de la Communication (tutelle de l'audiovisuel public), direction générale de la SNRT, direction de Soread-2M, HACA (Haute Autorité de la communication audiovisuelle), commission des finances de la Chambre des représentants, et CGEM pour les annonceurs. Action concrète : 1) observation : suivre l'examen du PLF 2027 pour identifier les lignes de transfert et l'évolution de la taxe de soutien aux médias, qui finance près de 64 % du chiffre d'affaires de la SNRT ; 2) note de synthèse à la direction du budget sur la soutenabilité du modèle SNRT et sur les scénarios de fusion avec Soread-2M et Medi 1 TV ; 3) veille sur le marché publicitaire TV (part de Soread-2M, bilans trimestriels) en lien avec les grands annonceurs membres de la CGEM ; 4) aucune communication publique à ce stade, le dossier relevant d'un arbitrage interne. Délai : sous 1 mois pour la note de synthèse ; observation continue dès l'examen du PLF. Signaux à surveiller : adoption en commission des finances des lignes de transfert audiovisuelles ; formalisation juridique de la fusion SNRT-Soread-2M-Medi 1 TV ; bilan publicitaire TV du quatrième trimestre 2026 ; réaction du HACA, de la Cour des comptes ou des groupes parlementaires au rapport annexé au PLF. Une escalade vers « prioritaire » serait justifiée si le rapport était recoupé par un audit officiel ou si une décision de transfert budgétaire supplémentaire était annoncée.
Sources (1)
Signaux à surveiller
Adoption en commission des finances de la Chambre des représentants des lignes de transfert aux entités audiovisuelles du PLF 2027
Définit si le déficit de la SNRT et de Soread-2M est absorbé par le budget de l'État ou contraint à une rationalisation.
Publication d'un projet de texte ou de décret formalisant la fusion de Soread-2M et de Medi 1 TV dans la SNRT
La fusion est la principale réponse structurelle ; son calendrier conditionne la lisibilité des comptes.
Bilan publicitaire TV du quatrième trimestre 2026 (part de Soread-2M et évolution du marché brut)
Confirme ou infirme la thèse d'une érosion de la valeur publicitaire de la chaîne 2M malgré 65,8 % du marché brut.
Réaction publique du HACA, de la Cour des comptes ou des groupes parlementaires au rapport annexé au PLF
Un débat parlementaire structuré sur la gouvernance signalerait une montée en puissance du dossier au-delà de la comptabilité.