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Bourita-Lavrov : Moscou, pivot du projet onusien sur le Sahara, à cinq jours du sommet Russie-Afrique

13:04 · 23 oct.MarocDiplomatie & GéopolitiqueDiplomatie bilatérale

Résumé exécutif

L'appel Bourita-Lavrov, annoncé par Moscou, intervient à la veille d'un double rendez-vous pour Rabat : le projet américain sur le Sahara au Conseil de sécurité et le sommet Russie-Afrique des 28 et 29 octobre. Le readout russe ne mentionne pas explicitement le Sahara, mais le calcul est clair : une non-opposition ou une abstention russe conforterait la trajectoire autonomiste, tandis qu'un veto ou une position réservée ferait basculer le dossier vers un scénario plus conflictuel. Le signal se trouve donc moins dans l'entretien que dans le vote et dans la tenue du sommet, qui constituent les deux points de décision à surveiller d'ici une semaine.

Impact pour le Maroc

Court terme (0 à 3 mois) : L'enjeu immédiat est la mise aux voix, ou le retrait, du projet américain au Conseil de sécurité, dont le calendrier n'est pas établi dans les articles fournis. Le MAEC et la Représentation permanente du Maroc à New York doivent obtenir de Moscou une position explicite avant ce vote, faute de quoi la dynamique diplomatique engagée se heurterait à une abstention ou à un veto. Le sommet Russie-Afrique des 28 et 29 octobre à Moscou ouvre une fenêtre de concertation directe : le niveau de représentation marocaine et l'agenda bilatéral seront observés par Alger et par les capitales africaines. Moyen terme (3 à 12 mois) : Si le projet passe avec un appui ou une neutralité russe, l'effet de levier s'étendra aux discussions onusiennes sur la MINURSO et au prochain renouvellement de son mandat ; un veto ou une position réservée ouvrirait en revanche une négociation plus conflictuelle, dont Rabat devrait gérer les contreparties. La commission mixte maroco-russe, dont la huitième session s'est tenue sous coprésidence de Bourita et Patrushev, pourrait être mobilisée pour donner un contenu économique au rapprochement, à condition que Moscou en fasse une priorité. Long terme (12 à 36 mois) : La recomposition structurelle porte sur la place de Moscou en Afrique du Nord-Ouest. Si la Russie intègre progressivement l'autonomie comme cadre de référence, le Maroc gagnerait un partenaire capable de peser au Conseil ; si Moscou maintient une ligne d'équilibre entre Rabat et Alger, la relation restera plafonnée à la coopération politique et technique. Parties prenantes marocaines : MAEC (Nasser Bourita, pilotage diplomatique, direction des Nations unies et ambassade à Moscou pour la préparation du sommet) ; Représentation permanente du Maroc auprès de l'ONU à New York (négociation sur le texte et coordination avec les membres du Conseil) ; DGED (lecture des positions des membres permanents et du dossier des réfugiés de Tindouf) ; CORCAS (relais sur la dimension sahraouie et sur la communication vers les populations du Sud) ; commission mixte maroco-russe (cadre institutionnel bilatéral) ; CGEM et AMDIE (à mobiliser si le sommet ouvre un volet d'affaires, ce que les articles ne confirment pas à ce stade) ; OCP (acteur à surveiller pour les dossiers d'approvisionnement et d'engrais, dont l'articulation avec la Russie reste hypothétique). Contre-thèse : Le communiqué russe ne cite pas le Sahara, et l'appel pourrait n'être qu'une séquence protocolaire sans effet sur le vote. Un report du projet ou une formulation équilibrée négociée à New York atténuerait fortement l'impact pour le Maroc.

Pourquoi ce score

Score de 70, et non 60 ni 80 : la grille attribue 30 points sur 30 à la proximité, puisque le Maroc est au cœur de l'échange, et 15 sur 15 à l'urgence, le sommet Russie-Afrique et le calendrier onusien étant imminents. En revanche, la criticité ne reçoit que 6 points sur 25 : entretien téléphonique relayé par un communiqué russe, sans décision, contrat ni texte adopté. L'impact (15 sur 20) reflète la centralité du Sahara dans la diplomatie marocaine, mais le lien avec ce dossier n'est pas confirmé par la source officielle. La nouveauté (4 sur 10) traduit une suite prévisible, après la rencontre du 25 septembre à New York et la visite de Bourita à Moscou en octobre 2025. Le score se situe nettement sous le projet américain noté 80 dans le contexte récent, qui porte directement sur le texte, et au-dessus de la concertation saoudienne sans contenu public, notée 48. Les quatre articles, issus de sources distinctes (Yabiladi, Sputnik Afrique, Le Desk, APA), convergent sur la matérialité de l'appel et du sommet ; en revanche, l'affirmation selon laquelle Rabat chercherait l'absence d'opposition russe ne repose que sur Yabiladi, et les détails du projet américain relèvent de la presse, sans confirmation de Moscou. Un sceptique objecterait que le communiqué russe ne mentionne pas le Sahara et qu'il s'agit d'un échange protocolaire ; le risque d'une lecture alarmiste ou triomphaliste serait de prêter à Moscou une décision qu'il n'a pas encore prise.

Recommandation

Niveau : prioritaire. Pour qui : Nasser Bourita et la direction des Nations unies du MAEC, la Représentation permanente du Maroc auprès de l'ONU à New York, l'ambassade du Maroc à Moscou, la DGED (lecture des positions des membres permanents), le CORCAS et la délégation chargée du sommet Russie-Afrique. Action concrète : 1) Diplomatie : obtenir, par le canal Bourita-Lavrov et par l'ambassade à Moscou, une position russe explicite sur le projet américain avant toute mise aux voix, tout en vérifiant auprès des autres membres du Conseil la probabilité d'une abstention ou d'un veto. 2) Sommet des 28 et 29 octobre : inscrire le Sahara et la coopération onusienne à l'agenda des entretiens bilatéraux, sans en faire un préalable public qui contraindrait Moscou. 3) Communication : rester factuel, car le communiqué russe ne mentionne pas le Sahara ; un récit triomphaliste sur un simple appel exposerait Rabat à un démenti et crisperait les partenaires qui hésitent. 4) Observation : confronter les lectures de la presse marocaine, russe et algérienne, et documenter toute évolution du vocabulaire russe sur l'autonomie. 5) Contre-mesure : préparer un argumentaire fondé sur la résolution 2797 et sur l'abstention russe de 2025, pour répondre à une position réservée de Moscou. Délai : immédiat, les actions diplomatiques devant précéder à la fois le sommet et le vote éventuel au Conseil. Signaux à surveiller : mise aux voix du projet et position russe exprimée ; communiqué final du sommet Russie-Afrique et mention ou non du Sahara ; niveau de représentation marocaine à Moscou ; réunion de la commission mixte maroco-russe ou activation du comité de travail conjoint d'ici un à trois mois.

Sources (4)

Le Desk ↗13:04 · 23 oct.
Yabiladi.com ↗14:46 · 23 oct.
Sputnik Afrique ↗15:48 · 23 oct.
fr.apanews.net ↗16:41 · 23 oct.

Signaux à surveiller

À venird'ici le 30 oct.sous 7 jours

Mise aux voix du projet américain sur le Sahara au Conseil de sécurité et position russe exprimée lors du vote

Le vote tranche la question de la non-opposition que la presse prête à Rabat ; une abstention signalerait une neutralité, un veto une rupture.

À venird'ici le 30 oct.sous 7 jours

Communiqué final ou déclarations russes du sommet Russie-Afrique (28-29 octobre) mentionnant le Maroc ou le Sahara

Le silence du readout du 23 octobre sur le Sahara peut être confirmé ou démenti lors du sommet.

À venird'ici le 30 oct.sous 7 jours

Niveau de représentation marocaine au sommet Russie-Afrique (chef de gouvernement, ministre ou ambassadeur)

Le rang de la délégation signale le niveau d'investissement politique de Rabat dans la séquence.

À venird'ici le 21 janv.1 à 3 mois

Réunion de la commission mixte maroco-russe ou activation du comité de travail institué par le mémorandum d'octobre 2025

Un passage à l'acte institutionnel distinguerait un rapprochement durable d'une simple séquence protocolaire.