Pétrole : importations maritimes du Maroc en hausse de 9 %, les États-Unis deviennent premier fournisseur
Résumé exécutif
La hausse de 9 % des importations maritimes marocaines de produits pétroliers (271 000 barils par jour sur les neuf premiers mois de 2026) confirme un alourdissement de la dépendance énergétique, mais le fait marquant est le basculement vers les États-Unis, devenus premier fournisseur (61 000 barils par jour, plus de 140 %). Le signal reste déclaratif, fondé sur des données de suivi maritime, et son impact budgétaire dépendra davantage de l'évolution des cours que des volumes. À surveiller : le recoupement avec les statistiques douanières officielles et la part durable des cargaisons américaines.
Impact pour le Maroc
Court terme (0 à 3 mois) : La facture d'importation de produits pétroliers reste exposée à la hausse des volumes et aux variations de prix. L'ONEE et les distributeurs de carburants absorbent le choc en premier lieu, et l'Office des changes suit les décaissements en devises. Le MEF et Bank Al-Maghrib pourraient intégrer cette donnée dans le suivi du déficit commercial et de la position extérieure, sans effet de bascule attendu à ce stade. Les opérateurs logistiques et les gestionnaires de capacités de stockage voient leur charge augmenter lors des pics mensuels (août à 309 000 barils par jour, septembre à 253 000). Moyen terme (3 à 12 mois) : Si la hausse de volumes se confirme au quatrième trimestre, le gouvernement devra arbitrer entre absorption budgétaire et répercussion sur les prix à la pompe. La consolidation de contrats avec des fournisseurs américains deviendrait une décision probable pour les importateurs, avec un arbitrage entre écart de prix et sécurité d'approvisionnement. Un effet de propagation sur le compte courant est possible si les cours repartent à la hausse, le dirham et les réserves de change jouant le rôle d'amortisseurs. Long terme (12 à 36 mois) : La diversification des fournisseurs pourrait accélérer la réduction de la dépendance aux hydrocarbures importés, en parallèle des projets solaires et éoliens (appel d'offres Noor PV de 350 MW évoqué dans le contexte récent). La sécurité d'approvisionnement deviendrait alors un critère explicite de politique industrielle et de stockage. Parties prenantes marocaines : ONEE (approvisionnement électrique et recours éventuel au fioul, lien avec l'item du 18 octobre), MEF (budget, équilibre commercial, soutien aux prix), Bank Al-Maghrib (inflation importée et réserves de change), Office des changes (suivi des paiements en devises), MASEN et ministère chargé de l'Énergie (transition et mix électrique), AMDIE (attractivité des infrastructures de stockage), CGEM et fédérations de transport routier (répercussions sur les coûts), importateurs et distributeurs de carburants (approvisionnement et marges). Contre-thèse : la hausse pourrait n'être qu'un effet de stockage ponctuel ou de cycle saisonnier, le pic de mars puis le recul du deuxième trimestre révélant une forte volatilité mensuelle ; une baisse durable des cours annulerait l'alourdissement de la facture.
Pourquoi ce score
Score de 66, et non 70 comme le repère de scoring ni 75 : le lien avec le Maroc est direct, puisque le Royaume est l'importateur et que les volumes et la facture sont marocains, ce qui écarte toute lecture indirecte. Trois éléments tirent cependant le score vers le bas. Premièrement, la source est unique : un article de Le360 relayant une analyse d'Attaqa, elle-même fondée sur des données de suivi maritime de Kpler, Vortexa et LSEG. Ces données sont des estimations de trafic et non des statistiques douanières officielles, ce qui impose le conditionnel sur les volumes exacts. Deuxièmement, l'événement est déclaratif : aucune décision, aucun contrat ni chiffrage budgétaire n'est rapporté. Troisièmement, la hausse de 9 % sur neuf mois avait déjà été relevée le 18 octobre 2026 (score 70) ; la nouveauté de cette publication tient à la répartition par fournisseur, qui justifie une analyse distincte mais pas un score supérieur. Le bond des livraisons américaines (+140 %) est réel mais porte sur de petits volumes en valeur absolue (61 000 barils par jour), ce qui en limite la portée structurelle. Le score reste dans la zone du lien clair car la dépendance pétrolière touche à la souveraineté énergétique et que la répartition des fournisseurs a une dimension diplomatique. Un sceptique objecterait que la hausse n'est qu'un rattrapage après un premier trimestre atypique (pic de mars à 349 000 barils par jour) et que la moyenne annuelle pourrait se normaliser. Le risque d'une lecture alarmiste serait de transformer une variation mensuelle en tendance structurelle sans confirmation par les statistiques officielles.
Recommandation
Niveau : analyser. Pour qui : ministère chargé de l'Énergie (direction des hydrocarbures), MEF (direction du Trésor), Office des changes, Bank Al-Maghrib (direction de la Recherche et de la Statistique), ONEE (planification énergétique), AMDIE (volet infrastructures de stockage), CGEM (commission énergie). Action concrète : 1) demander à l'Office des changes et à l'administration des douanes un recoupement mensuel des volumes d'hydrocarbures importés avec les données de suivi maritime, afin de valider ou d'infirmer la hausse de 9 % avant toute communication publique ; 2) évaluer avec le MEF l'impact sur la facture pétrolière selon plusieurs scénarios de cours du Brent (repli et reprise), en intégrant le surcoût éventuel de la diversification vers les États-Unis (fret et écart de prix) ; 3) produire une note sur la sécurité d'approvisionnement face à la concentration sur un trio américain-russe-espagnol, en mesurant la part des livraisons transitant probablement par des hubs de négoce ; 4) relier ces données aux décisions de politique énergétique (appels d'offres solaires et éoliens) et ne prendre aucune position publique sur les livraisons russes sans arbitrage préalable du MAEC. Délai : sous 1 semaine pour le recoupement des données ; sous 1 mois pour la note de scénarios. Signaux à surveiller : publication des statistiques douanières ou de l'Office des changes sur les hydrocarbures de septembre et octobre 2026 ; évolution hebdomadaire du Brent et du gasoil ; part des cargaisons américaines dans les importations maritimes au prochain bilan mensuel ; évolution des livraisons russes (50 000 barils par jour) et espagnoles (35 000 barils par jour), qui dira si le recul espagnol est durable.