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PLF 2027 : l'ambition exportatrice face à un déficit commercial qui se creuse et une trésorerie des entreprises sous tension

19:28 · 29 oct.MarocIndustrie & SouverainetéExportations industrielles

Résumé exécutif

Le PLF 2027 affiche une ambition exportatrice (Pacte 2025-2027 : 84 milliards de dirhams d'exportations additionnelles, 400 nouveaux exportateurs, 76 000 emplois) qui se heurte à un déficit commercial de 282,6 milliards de dirhams à fin août, en hausse de 25,4 %. Le signal décisif n'est pas l'annonce mais sa traduction : le remboursement des crédits de TVA, revendication patronale non tranchée, conditionne la trésorerie des exportateurs et donc leur capacité à convertir les objectifs en ventes. Pour Rabat, la lecture à retenir est celle d'une compétitivité polarisée (automobile et aéronautique en hausse, phosphates et textile-cuir en recul), à suivre mois après mois, sans alarme prématurée.

Impact pour le Maroc

Court terme (0 à 3 mois) : L'impact est essentiellement parlementaire et administratif. Le ministère de l'Économie et des Finances défend le texte devant les commissions des finances, tandis que la question du remboursement des crédits de TVA se joue entre l'administration fiscale et le patronat. Aucun choc macroéconomique direct n'est attendu, mais les publications mensuelles de l'Office des changes sur le commerce extérieur vont confirmer ou infirmer la tendance de creusement du déficit. Les exportateurs de taille moyenne, notamment dans le textile-cuir et les dérivés phosphatés, subiront le plus directement la tension sur leur trésorerie en attendant une décision. Moyen terme (3 à 12 mois) : Le principal effet de propagation concerne les réserves de change et la politique monétaire : si le déficit reste sur sa trajectoire actuelle, Bank Al-Maghrib devra surveiller la couverture des importations et l'équilibre extérieur, ce qui peut peser sur les arbitrages de change. Les décisions probables portent sur le calendrier de remboursement des crédits de TVA, sur la mobilisation des dispositifs d'assurance-crédit et sur l'articulation du Pacte avec les programmes de l'AMDIE pour l'accompagnement à l'export. Dans l'automobile et l'aéronautique, la progression de 14,5 % et 21,5 % devrait nourrir des demandes de capacité et d'approvisionnement local, qui testeront la capacité de la chaîne marocaine à monter en gamme. Long terme (12 à 36 mois) : La recomposition structurelle la plus importante tient à la décarbonation. Si l'agenda de décarbonation industrielle du PLF s'accompagne d'une exposition croissante aux mécanismes carbone de l'Union européenne (ajustement carbone aux frontières, dont le périmètre inclut certains engrais), les phosphates et dérivés pourraient voir leur compétitivité relative modifiée. L'atteinte de l'objectif de 84 milliards de dirhams d'exportations additionnelles visé par le Pacte 2025-2027 dépendra de la capacité du Royaume à diversifier ses débouchés hors zone euro, et une dépendance accrue au marché européen resterait le risque structurel principal. Parties prenantes marocaines : Gouvernement et ministère de l'Économie et des Finances (conception et défense du PLF 2027, arbitrage sur les crédits de TVA) ; Parlement, commissions des finances des deux chambres (vote et amendements) ; Direction générale des impôts (remboursement des crédits de TVA) ; Office des changes (statistiques du commerce extérieur) ; Bank Al-Maghrib (équilibre extérieur et réserves de change) ; CGEM (porte-voix du patronat sur la trésorerie) ; AMDIE (promotion des investissements et accompagnement à l'export) ; OCP (phosphates et dérivés, exposition aux mécanismes carbone) ; constructeurs automobiles et équipementiers aéronautiques installés au Maroc (volumes et approvisionnement local) ; PME exportatrices (financement et accès aux marchés). Contre-thèse : La hausse des importations reflète en partie des investissements productifs et des besoins énergétiques qui, une fois la capacité installée, se traduiront par une hausse des exportations : le déficit serait alors transitoire. Un amendement sécurisant les crédits de TVA dans le texte final réduirait aussi fortement le risque de trésorerie.

Pourquoi ce score

Score de 62 : lien clair, sans atteindre le niveau d'une décision. Le texte touche des variables cœur (exportations, déficit commercial, trésorerie des entreprises, crédits de TVA) et fixe le cadre économique de l'exercice 2027, ce qui justifie le franchissement du seuil de lien clair. Trois éléments retiennent toutefois le score sous 70 : le projet de loi n'est pas voté, l'article ne chiffre pas l'effet macro-structurel des mesures, et la source est unique, une revue de presse reprenant le quotidien Les Inspirations Éco sans document officiel primaire. Le fond chiffré n'est pas nouveau, puisque l'analyse de balance commerciale publiée le 28 octobre couvre le même creusement du déficit et est notée 62 : surnoter cette reprise serait une dérive. Point de vigilance : l'article annonce une progression des exportations de 8,7 % à fin août, alors que le titre de l'analyse du 28 octobre évoque +3,7 % pour les exportations. Cet écart peut tenir à un périmètre différent (marchandises ou total, période), mais les sources disponibles ne permettent pas de le trancher, ce qui abaisse la confiance. Un sceptique objecterait que le PLF se contente de réaffirmer des leviers déjà annoncés dans le Pacte 2025-2027 et qu'une part de la hausse des importations provient d'investissements et de besoins énergétiques, donc d'un déficit potentiellement transitoire. Le risque d'une lecture alarmiste serait de confondre un déficit conjoncturel avec une dégradation structurelle.

Recommandation

Niveau : surveiller. Pour qui : ministère de l'Économie et des Finances (direction du Budget, pour l'arbitrage sur les crédits de TVA), Office des changes (suivi mensuel du commerce extérieur), Bank Al-Maghrib (équilibre extérieur et réserves de change), CGEM (commission fiscalité et export, relais du patronat), AMDIE (dispositifs d'accompagnement à l'export et promotion des PME). Action concrète : 1) suivre le calendrier parlementaire du PLF 2027 et les amendements touchant au remboursement des crédits de TVA, qui conditionne la trésorerie des exportateurs ; 2) produire une fiche mensuelle croisant les statistiques de l'Office des changes avec les sous-secteurs (automobile, aéronautique, phosphates, textile-cuir) pour détecter le passage d'une tendance conjoncturelle à une dégradation structurelle ; 3) faire chiffrer, via la CGEM, le coût budgétaire d'un remboursement accéléré des crédits de TVA, afin d'éclairer l'arbitrage du ministère ; 4) résoudre l'écart de périmètre entre les chiffres d'exportation de cet article (+8,7 %) et ceux de l'analyse du 28 octobre (+3,7 %) avant toute communication externe. Il n'y a pas lieu de contre-mesure à ce stade : l'enjeu relève de la note et de l'observation. Délai : sous 1 mois, avec un point de situation à la publication de la prochaine statistique mensuelle. Signaux à surveiller : publication mensuelle de l'Office des changes sur le commerce extérieur à fin septembre, amendements déposés sur les crédits de TVA dans les commissions des finances, dynamique des secteurs automobile et aéronautique face au recul des phosphates, premières conversions de nouveaux exportateurs au titre du Pacte 2025-2027.

Sources (1)

www.le360.ma ↗19:28 · 29 oct.

Signaux à surveiller

À venird'ici le 26 nov.1 à 4 semaines

Publication mensuelle de l'Office des changes sur le commerce extérieur à fin septembre 2026 (taux de couverture et écart export-import)

Permet de trancher l'écart de périmètre avec les +3,7 % évoqués le 28 octobre et de confirmer ou infirmer la tendance de creusement du déficit.

À venird'ici le 27 janv.1 à 3 mois

Amendements déposés sur le remboursement des crédits de TVA dans les commissions des finances des deux chambres

Revendication patronale la plus sensible : un traitement favorable allège la trésorerie des exportateurs, un rejet l'aggrave.

À venird'ici le 27 janv.1 à 3 mois

Évolution comparée des exportations automobiles et aéronautiques face aux phosphates et dérivés dans les prochaines publications sectorielles

Vérifie si la polarisation sectorielle s'accentue ; un recul prolongé des phosphates poserait la question de la composante prix.

À venird'ici le 29 oct.3 à 12 mois

Premiers bilans du Pacte pour un Commerce Extérieur 2025-2027 (nombre de nouveaux exportateurs accompagnés)

Mesure concrète de la conversion des annonces en gains de compétitivité, objectif affiché par l'article.