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Sécurité hydrique : 24 milliards de m³ visés fin 2027, un pari d'exécution sous contrainte budgétaire

10:44 · 27 oct.MarocÉnergie, Eau & RessourcesEau potable

Résumé exécutif

Le gouvernement vise plus de 24 milliards de m³ de capacité de stockage d'ici fin 2027, avec 14 grands barrages en travaux, six barrages moyens lancés et environ 2,64 milliards de m³ déjà ajoutés depuis 2020. Le PLF 2027 érige cette sécurité hydrique en priorité de souveraineté, aux côtés de l'énergie, des semences et du numérique, ce qui en fait un test d'exécution budgétaire plutôt qu'un simple affichage. La portée est structurelle pour l'agriculture irriguée, le BTP et les arbitrages sur le dessalement, mais elle dépendra des enveloppes effectivement votées, de la pluviométrie et de la clarification du périmètre du programme.

Impact pour le Maroc

Court terme (0 à 3 mois) : L'impact est d'abord budgétaire et informationnel. Le PLF 2027 entre dans sa phase parlementaire, et la ligne hydrique devient un argument de débat. Les agences de bassins hydrauliques du Sebou et du Bouregreg-Chaouia, ainsi que l'ONEE, devront confirmer les calendriers des 14 chantiers et des six lancements, faute de quoi la cible de fin 2027 restera un affichage. Pour les entreprises de BTP, l'effet immédiat est un carnet de commandes potentiel, dont la visibilité dépend de la publication des marchés. Moyen terme (3 à 12 mois) : Des effets de propagation sont attendus sur la commande publique (génie civil, terrassement, équipements hydromécaniques), sur l'agriculture irriguée et sur les arbitrages de gestion par bassin, notamment si les transferts entre le Sebou et le Bouregreg font l'objet de choix techniques contestés. Le dessalement annoncé appellera des décisions d'énergie et de localisation qui concerneront l'OCP et l'ONEE, et des choix de tarification de l'eau agricole sont probables. Long terme (12 à 36 mois) : Le mix hydrique marocain se recompose, avec une moindre dépendance aux seules pluies. Si la capacité de stockage se traduit en volumes mobilisables, la résilience des villes et des filières exportatrices s'améliore. Le risque symétrique est un surinvestissement si les apports pluviométriques restent insuffisants pour remplir les barrages, ce qui réduirait le rendement réel de l'investissement. Parties prenantes marocaines : MEF (arbitrage budgétaire du PLF 2027, financement des grands barrages) ; Parlement (Chambre des représentants, vote du budget, contrôle de l'exécution) ; ONEE (eau potable, gestion des réseaux et réduction des pertes, thème repris par l'USFP) ; agences de bassins hydrauliques du Sebou et du Bouregreg-Chaouia (planification et mobilisation de la ressource) ; MASEN (énergies renouvelables appelées par le dessalement et le pompage) ; OCP (consommateur majeur d'eau et d'énergie, acteur potentiel du dessalement industriel) ; ministère de l'Agriculture (irrigation et petits exploitants) ; CGEM et entreprises de BTP (exécution des chantiers) ; USFP (groupe parlementaire, promoteur des convergences). Contre-thèse : l'impact serait atténué si les 24 milliards de m³ ne sont atteints qu'en partie, si les barrages en chantier glissent au-delà de 2027, ou si le périmètre réel du programme (14 grands et six moyens, présentés aussi comme 20 grands barrages) s'avère plus réduit qu'annoncé.

Pourquoi ce score

Score de 64 : le lien avec le Maroc est clair, puisque l'événement porte sur la politique nationale d'infrastructures hydriques et s'inscrit dans le PLF 2027, mais il s'agit d'une annonce de programme, sans vote ni rupture. La grille fixe la proximité au maximum (30/30), la criticité à 12/25 faute de texte adopté, l'impact à 15/20 faute d'effet macro documenté, l'urgence à 3/15 (échéance fin 2027, soit environ 14 mois) et la nouveauté à 4/10 (avancement d'un programme connu). Par rapport au contexte récent, le score se situe sous les arbitrages budgétaires déjà chiffrés et notés 70 à 82 (réforme de l'IR à 82, PLF 2027 à 70 et 74), et au-dessus des décisions sectorielles ponctuelles notées 48 à 54, car le sujet touche un facteur de production structurel. Les deux articles, l'un d'Aujourd'hui le Maroc, l'autre de Libération, concordent sur le calendrier (14 grands barrages en travaux, six moyens lancés, cible de plus de 24 milliards de m³ fin 2027). Le chiffre de 2,64 milliards de m³ ajoutés depuis 2020 ne repose en revanche que sur un seul article, même s'il est cohérent avec la somme de 1,89 milliard et de 746 millions. Le point de départ de la capacité actuelle n'est pas donné, si bien que l'incrément visé ne peut pas être mesuré à partir des seuls articles. Un sceptique objecterait que l'annonce relève de la communication gouvernementale : une capacité de stockage n'est pas un volume d'eau mobilisable, et la sécurité hydrique dépend autant de la pluviométrie que des ouvrages. Il relèverait aussi que la formule « 20 grands barrages » mêle des chantiers de taille différente. Le risque d'une lecture alarmiste serait à l'inverse de voir dans ce programme une garantie contre la sécheresse, alors qu'il réduit une vulnérabilité sans la supprimer.

Recommandation

Niveau : analyser. Pour qui : cellule de veille du MEF (arbitrage du PLF 2027), Direction du Trésor, ONEE, agences de bassins hydrauliques du Sebou et du Bouregreg-Chaouia, OCP (eau industrielle et énergie), MASEN, CGEM (commissions eau et BTP), AMDIE pour les investissements dans le dessalement et les équipements hydromécaniques. Action concrète : 1) constituer une base de référence datée de la capacité de stockage effective, barrage par barrage, en m³, afin de mesurer l'écart réel avec la cible de 24 milliards de m³ ; 2) suivre les amendements du PLF 2027 sur les lignes d'investissement hydrique et le financement des grands barrages ; 3) identifier les entreprises marocaines et étrangères positionnées sur les chantiers (génie civil, équipements hydromécaniques, dessalement) et leur calendrier d'appels d'offres ; 4) produire une note comparant dessalement et renouvelables pour anticiper les besoins énergétiques de l'OCP et de l'ONEE ; 5) préparer un message factuel distinguant capacité de stockage et volume mobilisable, afin d'éviter que le chiffre soit retourné en critique. Délai : sous 1 mois pour la base de référence et le suivi budgétaire ; le reste s'inscrit dans le trimestre. Signaux à surveiller : reprise des signaux 1 à 4 de signaux_a_surveiller, avec ajout de la trajectoire des apports pluviométriques de la saison humide et de la clarification du périmètre (14 grands et six moyens, ou 20 grands barrages).

Sources (2)

Aujourd'hui le Maroc ↗10:44 · 27 oct.
Libération ↗12:06 · 27 oct.

Signaux à surveiller

À venird'ici le 24 nov.1 à 4 semaines

Taux de remplissage hebdomadaire des barrages, publié par l'administration hydraulique et comparé à la saison précédente

Mesure directe de la capacité mobilisable : une capacité nouvelle sans apports pluviométriques ne sécurise pas l'approvisionnement.

À venird'ici le 25 janv.1 à 3 mois

Inscription et amendements de la ligne d'investissement hydrique dans le PLF 2027 lors du vote à la Chambre des représentants

Confirme que l'engagement est financé et non seulement annoncé ; une baisse des crédits signalerait une révision de la cible.

À venird'ici le 27 oct.3 à 12 mois

Avancement physique des 14 grands barrages en travaux et mises en eau anticipées des ouvrages suivants

Teste la crédibilité de l'échéance fin 2027 ; un retard de plus de 12 mois sur les chantiers en cours compromettrait la cible.

À venird'ici le 27 oct.3 à 12 mois

Lancement effectif des transferts Sebou-Bouregreg et des premiers projets de dessalement, avec publication des appels d'offres

Distingue les annonces de programme des engagements contractuels ; des appels d'offres ouverts sont un signal d'exécution.