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Balance commerciale : les importations (+15,8 %) distancent les exportations (+3,7 %) et le déficit se creuse

19:18 · 28 oct.MarocIndustrie & SouverainetéCommerce extérieur

Résumé exécutif

Le gouvernement met en avant une progression de ses exportations industrielles, mais les chiffres communiqués montrent surtout que les importations (+15,8 %) progressent plus de quatre fois plus vite que les exportations (+3,7 %) sur les neuf premiers mois de 2026, creusant le déficit commercial. Le signal est moins un choc qu'une question de diagnostic : il reflète probablement un cycle d'investissement lié aux grands chantiers, mais seule une désagrégation des importations permettra de trancher entre déficit transitoire et perte de compétitivité. Pour Rabat, l'enjeu est la qualité de l'information publiée, qui conditionne le débat budgétaire du PLF 2027 et la position du Royaume face à ses accords de libre-échange.

Impact pour le Maroc

Court terme (0 à 3 mois) : L'effet immédiat est informationnel. Le chiffre d'un déficit aggravé sera repris dans les débats sur le PLF 2027 et dans la presse économique, et pèsera sur la lecture des prochaines publications de l'Office des changes. Les acteurs directement concernés sont le cabinet d'Omar Hajira, qui doit clarifier la méthodologie et le périmètre des chiffres, et les exportateurs des filières à forte valeur (automobile, aéronautique, textile), appelés à expliquer le ralentissement relatif de leurs ventes. Moyen terme (3 à 12 mois) : Si la tendance se confirme sur plusieurs mois, la pression sur les réserves de change et sur le dirham devient le canal principal : Bank Al-Maghrib et l'Office des changes arbitreront entre soutien monétaire et financement extérieur, tandis que le ministère de l'Économie et des Finances ajustera ses hypothèses de balance des paiements. La facture énergétique, dans un contexte de pétrole orienté à la hausse, pèserait sur les dépenses de compensation et alimenterait l'inflation importée. Les décisions probables sont des mesures de soutien à l'export accompagnées par l'AMDIE, ou des instruments ciblés sur les importations non essentielles, dont le calibrage devra respecter les engagements des accords de libre-échange. Long terme (12 à 36 mois) : La question structurelle est de savoir si la hausse des importations correspond à un investissement productif (Tanger Med 3, Nador West Med, rail, Mondial 2030) qui accroîtra la capacité exportatrice, ou à une consommation importée sans contrepartie. Dans le premier cas, le déficit s'apparente à une dette d'investissement, remboursable par une hausse future des exportations industrielles ; dans le second, il accroît le besoin de financement extérieur et la dépendance aux flux d'IDE et au tourisme. Le scénario central, à confirmer par la désagrégation des données, est une combinaison des deux. Parties prenantes marocaines : Omar Hajira, ministre délégué chargé du commerce extérieur (communication et pilotage de la politique commerciale) ; Office des changes (statistiques de change et des échanges extérieurs) ; Bank Al-Maghrib (stabilité monétaire et réserves de change) ; ministère de l'Économie et des Finances (PLF 2027, équilibres budgétaires et financement extérieur) ; ministère de l'Industrie et du Commerce (politique industrielle et exportatrice) ; CGEM (représentation des exportateurs et plaidoyer pour la compétitivité) ; AMDIE (promotion des investissements et soutien aux filières) ; ports de Tanger Med et Casablanca (volumes de trafic). Contre-thèse : Si la hausse des importations relève d'un effet de prix ou d'équipement temporaire, et si les exportations industrielles accélèrent au quatrième trimestre, le déficit se résorbera sans intervention et l'impact se limitera à un épisode de communication.

Pourquoi ce score

Score de 62, et non 70 comme le suggère la grille : l'événement a un lien clair avec le Maroc, puisqu'il s'agit de la communication officielle d'un ministre délégué sur la balance commerciale du Royaume, c'est-à-dire d'un indicateur macroéconomique national. Trois éléments tirent cependant le score vers le bas. D'abord, aucune décision, loi, contrat ni rapport publié n'est décrit : la nouveauté est faible (4/10 dans la grille), puisqu'il s'agit d'une mise à jour chiffrée d'une tendance connue. Ensuite, le texte repose sur une seule source, Al-Ahram, et le chiffre sur le déficit est attribué à Hespress sans reprise détaillée : la solidité factuelle dépend d'une déclaration ministérielle non recoupée. Enfin, les données présentent des incohérences de présentation : un volume sur huit mois comparé à une année pleine, des taux de croissance sur neuf mois, et un « record » dans le titre absent du corps de l'article. Calibrage : l'événement se situe entre le dossier des importations sous accords de libre-échange (noté 58) et celui du PLF 2027 (noté 68), car il touche à la balance des paiements sans introduire de rupture. Un sceptique objecterait que la hausse des importations traduit avant tout un cycle d'investissement et non une fragilité ; le risque d'une lecture alarmiste est de confondre un pic d'équipement transitoire avec une dégradation structurelle, faute de désagrégation des données.

Recommandation

Niveau : analyser. Pour qui : cabinet d'Omar Hajira et direction du commerce extérieur au ministère de l'Industrie et du Commerce ; direction des études et des prévisions financières du MEF ; Bank Al-Maghrib (direction de la recherche et des statistiques) ; Office des changes ; CGEM (commission commerce extérieur) ; AMDIE pour les filières concernées. Action concrète : 1) demander à l'Office des changes la série mensuelle janvier-octobre 2026 pour réconcilier les chiffres (taux de couverture, périmètre des exportations industrielles, cohérence des horizons de comparaison) avant toute reprise publique du terme « record » ; 2) produire une note désagrégeant les importations entre biens d'équipement, énergie, biens de consommation et intrants, afin de trancher entre déficit de cycle et déficit structurel ; 3) préparer un argumentaire pour le PLF 2027 distinguant l'investissement importé de la dépendance aux importations courantes ; 4) suivre les exportations par filière (automobile, aéronautique, textile, dérivés des phosphates) pour identifier les secteurs qui décrochent. Délai : sous 1 semaine pour la demande de données et la réconciliation ; sous 1 mois pour la note comparative et l'argumentaire. Signaux à surveiller : publication mensuelle des échanges extérieurs (1-4 semaines) ; évolution du Brent et de la facture énergétique (0-7j, puis 1-4 semaines) ; désagrégation des biens d'équipement (1-3 mois) ; arbitrages du PLF 2027 sur les mesures de soutien à l'export et les droits de douane (1-3 mois). Le niveau n'est pas « prioritaire » : il n'y a ni décision ni rupture, et l'enjeu principal est la qualité de l'information, qui conditionne la position marocaine dans le débat budgétaire. Un diagnostic erroné, confondant cycle et structure, conduirait à des réponses inadaptées, notamment des protections commerciales qui fragiliseraient les accords de libre-échange et la crédibilité du Maroc auprès de ses partenaires européens.

Sources (1)

Signaux à surveiller

À venird'ici le 25 nov.1 à 4 semaines

Publication mensuelle des statistiques du commerce extérieur de l'Office des changes (septembre et octobre 2026) : taux de couverture et écart import-export

Confirme ou infirme la tendance +15,8 % (importations) contre +3,7 % (exportations) et permet de réconcilier les périodes incompatibles du communiqué.

À venird'ici le 4 nov.sous 7 jours

Cours du Brent et évolution de la facture énergétique mensuelle

Un pétrole orienté à la hausse amplifierait mécaniquement le déficit et la pression sur les réserves de change, indépendamment de la dynamique industrielle.

À venird'ici le 26 janv.1 à 3 mois

Désagrégation des importations de biens d'équipement dans les statistiques sectorielles (cycle Mondial 2030, Tanger Med 3, Nador West Med)

Distingue un déficit transitoire d'investissement d'une dégradation structurelle de la compétitivité.

À venird'ici le 26 janv.1 à 3 mois

Arbitrages du PLF 2027 sur les mesures de soutien à l'export et les droits de douane applicables aux importations

Indique si le gouvernement traite le déficit par la compétitivité ou par la régulation des importations, avec un effet sur les accords de libre-échange.