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Ceuta alimente la haine anti-nord-africaine en Espagne ; les paiements par carte grimpent de 20 % au Maroc

19:49 · 21 oct.MarocMarchés & FinanceServices bancaires et monétique

Résumé exécutif

Deux publications de nature différente convergent : la haine anti-nord-africaine sur les réseaux espagnols reste alimentée par la crise de Ceuta, avec 80 % des contenus visant les migrants du Maghreb, tandis que les paiements par carte progressent de 20 % au Maroc, signe d'une digitalisation réelle mais encore minoritaire face au cash, qui représente 87 % de la valeur des opérations. Le lien stratégique avec Rabat est indirect pour le premier volet, qui relève d'un risque réputationnel pour la diaspora et d'un facteur de durcissement du dossier de Ceuta, et faible pour le second, qui relève de la politique d'inclusion financière. Aucune réaction immédiate n'est requise ; le suivi porte sur les incidents visant des Marocains en Espagne.

Impact pour le Maroc

Court terme (0 à 3 mois) : L'effet le plus immédiat concerne la diaspora. Si les contenus anti-nord-africains se traduisent en incidents visant des Marocains en Espagne, les consulats du Royaume (Algésiras, Barcelone, Madrid) et l'ambassade seront les premiers exposés, avec des demandes de protection juridique et de relais social. Côté financier, aucune décision de Bank Al-Maghrib n'est attendue : la hausse des paiements sera surtout lue comme un indicateur de consommation par les banques (Attijariwafa bank, BCP, Bank of Africa) et par GIE Monétique, qui porte l'infrastructure interbancaire. Moyen terme (3 à 12 mois) : si la pression se maintient, le climat anti-migrants peut durcir la position espagnole dans les dossiers de Ceuta (contrôles frontaliers, retour des mineurs, coopération navale), obligeant Rabat à arbitrer entre fermeté sécuritaire et défense de ses ressortissants. Dans le domaine monétique, la croissance de 20 % du nombre de paiements alimentera le débat sur la sécurité des transactions en ligne et sur la place du cash, qui reste à 66 % du nombre et 87 % de la valeur des opérations : un enjeu de traçabilité pour la DGI à l'approche du budget 2027. Côté plateformes, les écarts de suppression entre réseaux fournissent au gouvernement un référentiel pour la loi annoncée sur les réseaux sociaux des moins de 15 ans. Long terme (12 à 36 mois) : si la haine devient une composante structurelle du débat espagnol, la question de la mobilité (visas, emploi saisonnier, circulation dans l'espace Schengen) se durcira, avec une recomposition des flux nord-sud et du statut de la diaspora marocaine en Espagne. Pour le Maroc, la bascule du cash vers le numérique relève d'un horizon de plusieurs années, qui déterminera la capacité de l'État à piloter la traçabilité des flux et l'inclusion financière. Parties prenantes marocaines : MAEC (services consulaires, ambassade à Madrid, consulats) ; ministère délégué chargé des MRE et Fondation Hassan II pour les MRE (protection et information des ressortissants) ; CCME (relais d'opinion) ; CNDH (saisine sur le racisme et les discriminations) ; Bank Al-Maghrib (rapport annuel, supervision des infrastructures de paiement) ; GIE Monétique (infrastructure interbancaire) ; Attijariwafa bank, BCP et Bank of Africa (émetteurs et acquéreurs) ; DGI et MEF (traçabilité fiscale) ; ministère chargé de l'IA et de la transition numérique (régulation des plateformes). Contre-thèse : le chiffre espagnol mesure des contenus, non des actes, et la baisse de 4,7 % en septembre suggère un plateau plutôt qu'une escalade. La hausse des paiements peut par ailleurs refléter un effet de rattrapage plutôt qu'une bascule durable des comportements.

Pourquoi ce score

Score de 53, et non de 61 comme le suggère la grille de scoring : celle-ci attribue 30 points sur 30 à la proximité parce que le Maroc est cité, mais une mention du Maroc comme pays d'origine de migrants, dans des propos produits en Espagne, ne constitue pas un lien stratégique. Le score se place dans le bas de la fourchette du lien clair : en dessous des dossiers à enjeu bilatéral direct du contexte récent (vérification des incursions navales, 70 ; enquête élargie aux renseignements militaires, 78) et au-dessus des données locales sans portée (pêche côtière, 52). Le volet bancaire est robuste mais routinier : une hausse de 20 % du nombre de paiements est une tendance prévisible, et un score supérieur supposerait une décision réglementaire absente du texte. Le volet Ceuta repose sur une seule source, relayée par un média arabophone : les parts de 57 % et de 80 % doivent être lues comme des indicateurs de tendance, non comme une mesure absolue. Enfin, l'article bancaire est ambigu : les 230,1 millions d'opérations et les 70,8 milliards de dirhams semblent ne concerner que les paiements, les retraits (450 millions d'opérations, 460 milliards de dirhams) étant comptés à part. Cette lecture est cohérente avec les parts indiquées, mais l'article ne la formule jamais. Un sceptique objecterait que la mention du Maroc dans un flux de haine n'a aucune conséquence pour Rabat ; l'objection vaut pour le volet bancaire, mais elle sous-estime le risque réputationnel pour la diaspora si la campagne se durcit.

Recommandation

Niveau : surveiller. Pour qui : MAEC (services consulaires, ambassade à Madrid, consulats d'Algésiras et de Barcelone), ministère délégué chargé des MRE, CCME, Fondation Hassan II pour les MRE, Bank Al-Maghrib (systèmes de paiement), GIE Monétique et les trois banques citées (Attijariwafa bank, BCP, Bank of Africa). Action concrète : 1) les consulats mettent en place une veille des incidents visant des ressortissants marocains en Espagne, avec un canal d'information juridique prêt à être activé ; 2) le MAEC et l'ambassade à Madrid intègrent l'indicateur de haine anti-nord-africaine dans le dossier Ceuta et le portent dans le dialogue bilatéral existant, sur le registre de la protection des ressortissants et non de la polémique ; 3) le volet communication reste sobre : une campagne de haine dirigée contre des Marocains d'Espagne n'appelle ni réaction officielle immédiate, ni surenchère médiatique qui transformerait un fait de diaspora en sujet de polarisation interne ; 4) le ministère délégué chargé des MRE et la Fondation Hassan II préparent un message d'information à destination de la diaspora sur les voies de recours face aux propos haineux ; 5) Bank Al-Maghrib et GIE Monétique intègrent la hausse de 20 % des paiements dans leur veille sur l'inclusion, en gardant la part de 87 % du cash en valeur comme indicateur de référence ; 6) le ministère chargé de l'IA utilise le benchmark de suppression des contenus (de 33 % à 89 % selon les plateformes) pour cadrer la future loi sur les réseaux sociaux des moins de 15 ans. Délai : sous 1 semaine pour les points 1 à 4 ; sous 1 mois pour les points 5 et 6. Signaux à surveiller : incidents signalés par les consulats (0-7j), prochain rapport mensuel de l'Observatoire espagnol sur la part des contenus liés à Ceuta et ciblant les Nord-Africains (1-4 semaines), taux de suppression des contenus signalés par les plateformes (1-3 mois), publication trimestrielle de Bank Al-Maghrib sur la part des paiements dans la valeur totale (3-12 mois).