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Faillites au Maroc : un reflux amorcé, porté par la discipline des délais de paiement plus que par la conjoncture

16:34 · 29 oct.MarocEntreprises & StratégiePME et très petites entreprises

Résumé exécutif

Selon Allianz Research, les défaillances d'entreprises au Maroc entrent dans une décrue graduelle (14 950 cas attendus en 2026, 13 800 en 2028), après une hausse à plus de 15 600 cas en 2024. Le ressort identifié n'est pas conjoncturel mais réglementaire : la réforme des délais de paiement interentreprises, introduite en 2023 et étendue aux très petites entreprises en 2025, renchérit les retards et protège la trésorerie des créanciers. Le niveau reste toutefois supérieur de 86 % à la moyenne 2016-2019 en 2026 et de 72 % en 2028, et le tissu productif demeure fragmenté, ce qui limite la portée de ce reflux pour la résilience économique du Royaume.

Impact pour le Maroc

Court terme (0 à 3 mois) : L'effet immédiat est surtout informatif et réputationnel. Le rapport, relayé par L'Economiste, installe le récit d'un Maroc en reflux de défaillances dans une Afrique où elles progressent, ce qui peut soutenir la confiance des fournisseurs, des financeurs et des partenaires étrangers. Le ministère de l'Économie et des Finances et le ministère de la Justice, qui suivent les procédures collectives et appliquent le cadre des délais de paiement, sont directement concernés par la lecture de la tendance. Les banques et assureurs-crédit opérant au Maroc doivent intégrer dans leur appréciation du risque PME une prévision plus favorable, sans attendre sa confirmation statistique. Moyen terme (3 à 12 mois) : Si la décrue apparaît dans les statistiques nationales de 2026, les banques pourraient assouplir l'accès au crédit pour les PME, et la CGEM serait fondée à porter le sujet des délais de paiement dans son dialogue avec les grands donneurs d'ordre publics et privés. Le cadre contraignant produit aussi un risque de contournement : allongement contractuel des délais, remises compensatoires ou transfert de la pression vers les sous-traitants les plus faibles. Le ministère de l'Économie et des Finances devrait donc évaluer l'effet réel de l'extension aux très petites entreprises de 2025 avant toute extension supplémentaire. Long terme (12 à 36 mois) : Si le recul se poursuit au rythme prévu (-4 % par an en 2027 et 2028), le tissu productif pourrait se recomposer vers des PME plus solides, avec un effet favorable sur l'intégration aux chaînes de valeur industrielles (automobile, aéronautique, textile) qui exigent la fiabilité des sous-traitants. À l'inverse, un relâchement de la discipline de paiement ferait rebondir les défaillances au moment où les grands projets portuaires et industriels, de Tanger Med à Nador West Med, requièrent des capacités locales solides. Parties prenantes marocaines : Ministère de l'Économie et des Finances (cadre juridique des délais de paiement, suivi statistique et évaluation de la réforme) ; ministère de la Justice (tribunaux de commerce, statistiques des procédures collectives) ; Bank Al-Maghrib (lecture macroprudentielle du crédit aux PME) ; CGEM (représentation des entreprises et plaidoyer sur les délais de paiement) ; Attijariwafa bank, BCP et Bank of Africa (financement du besoin en fonds de roulement des PME) ; assureurs-crédit opérant au Maroc (tarification du risque de contrepartie) ; AMDIE (argument d'attractivité pour les donneurs d'ordre étrangers) ; fédérations sectorielles de PME et TPE (remontée des délais de paiement réels). Contre-thèse : Le recul pourrait être conjoncturel, dû à une baisse de l'activité plutôt qu'à une meilleure discipline, car un choc énergétique et une hausse des taux, que le rapport lui-même pointe, peuvent réduire les entrées en procédure par simple attrition sans effet structurel ; par ailleurs, la prévision étant privée et les chiffres 2026-2028 des projections, la série officielle pourrait diverger.

Pourquoi ce score

Score de 60 : dans la fourchette du lien clair (51 à 70) parce que l'événement touche directement la santé du tissu productif marocain et un dispositif réglementaire déjà en vigueur, mais en deçà de 70 parce qu'il s'agit d'une prévision d'un acteur privé, Allianz Research, et non d'une décision publique ni d'une statistique officielle. Le scoring de référence affichait 65 ; le retrait de cinq points tient à la source unique et au caractère prospectif des chiffres 2026-2028. Le calibrage sur le contexte récent confirme ce niveau : l'enjeu est réel mais sectoriel, nettement inférieur à celui de la balance commerciale ou du PLF 2027 (62 chacun), qui engagent les équilibres macroéconomiques et budgétaires du Royaume. L'article fournit des chiffres précis (environ 5 000 cas en 2015, plus de 15 600 en 2024, écart de 86 % puis 72 % avec la référence prépandémique), mais il ne repose que sur une seule source et son extrait est tronqué avant l'analyse des fragilités structurelles. Un sceptique objecterait que le reflux est trop faible pour être présenté comme une bonne nouvelle : une baisse de 2 % puis de 4 % par an laisse le niveau de 2028 supérieur de 72 % à la référence d'avant la crise, et la décrue pourrait traduire une moindre activité plutôt qu'une meilleure discipline. Le risque le plus probable est l'excès d'optimisme : attribuer au seul cadre juridique un mouvement dont la part conjoncturelle n'est pas quantifiée dans les extraits disponibles.

Recommandation

Niveau : analyser. Pour qui : ministère de l'Économie et des Finances (direction en charge des entreprises et du suivi de la réforme des délais de paiement), ministère de la Justice (tribunaux de commerce), Bank Al-Maghrib (suivi du crédit aux PME), CGEM (commission PME et délais de paiement), AMDIE (argumentaire d'attractivité pour les donneurs d'ordre étrangers). Action concrète : 1) produire une note interne de quatre pages qui croise la prévision Allianz Research avec les statistiques nationales de procédures collectives et les délais de paiement remontés par les fédérations ; 2) vérifier auprès des tribunaux de commerce la décrue réelle de 2026 avant de la présenter comme un effet de la réforme, pour éviter une communication fondée sur une prévision privée ; 3) demander à la CGEM un retour d'expérience sur l'application du cadre aux très petites entreprises depuis 2025, afin d'identifier les contournements (allongement contractuel, remises compensatoires) ; 4) préparer, si la tendance se confirme, un message de communication sobre pour les investisseurs et donneurs d'ordre étrangers, centré sur la discipline de paiement plutôt que sur une « exception africaine » encore à confirmer. Délai : sous 1 semaine pour la prise de contact avec la CGEM et les tribunaux de commerce ; sous 1 mois pour la note et la vérification statistique. Signaux à surveiller : publication des statistiques officielles de procédures collectives 2026 (1-3 mois), déclarations des fédérations sur les délais de paiement moyens des donneurs d'ordre (1-4 semaines), politique de crédit des banques et assureurs-crédit envers les PME (1-3 mois), prochaine mise à jour des prévisions Allianz Research sur le Maroc (3-12 mois).

Sources (1)

L'Economiste ↗16:34 · 29 oct.

Signaux à surveiller

À venird'ici le 27 janv.1 à 3 mois

Publication des statistiques officielles de procédures collectives 2026 par les tribunaux de commerce

Seule confirmation indépendante de la décrue annoncée par le rapport ; sans elle, la tendance reste une prévision privée.

À venird'ici le 26 nov.1 à 4 semaines

Déclarations des fédérations sectorielles sur les délais de paiement moyens pratiqués par les grands donneurs d'ordre

Permet de vérifier si le changement de comportement B2B, moteur du recul, est réel ou seulement déclaratif.

À venird'ici le 27 janv.1 à 3 mois

Évolution des conditions de crédit et des primes d'assurance-crédit appliquées aux PME

Un assouplissement confirmerait la transmission du recul au financement ; une hausse signalerait un risque de contournement.

À venird'ici le 29 oct.3 à 12 mois

Prochaine mise à jour des prévisions Allianz Research sur les défaillances au Maroc

Permet de mesurer si la trajectoire 2026-2028 est révisée à la baisse ou à la hausse, notamment sous l'effet des taux et de l'énergie.