Gouvernement Mansouri investi par les députés : le programme 2027-2031 devient feuille de route budgétaire
Résumé exécutif
Le Parlement a accordé sa confiance au gouvernement Mansouri à la majorité absolue, ce qui achève la séquence institutionnelle post-électorale et donne à l'exécutif un mandat clair pour un programme 2027-2031 ambitieux : croissance de 5 %, inflation de 2 %, déficit contenu à 3 % du PIB, doublement du soutien social et minimum de pension à 3 000 dirhams. La marge réelle de la majorité (neuf voix au-delà du seuil) et la tension budgétaire induite par le choc pétrolier font de la trajectoire du déficit, dans le PLF 2027, le premier test de crédibilité du programme. À surveiller en priorité : dépôt du budget 2027, calendrier de la réforme des retraites et cohésion de la coalition.
Impact pour le Maroc
Court terme (0 à 3 mois) : L'entrée en fonction de l'équipe impose une traduction immédiate dans les arbitrages du PLF 2027. Le ministère de l'Économie et des Finances doit chiffrer le doublement du soutien social, la revalorisation des pensions et la compensation électrique, puis les rapprocher de la cible de déficit de 3 % du PIB. Les premiers actes réglementaires, notamment sur le ciblage par le revenu, devraient être engagés dès les premières semaines. Les investisseurs et les agences de notation liront ce programme à l'aune de la trajectoire budgétaire : toute dépense non financée sera scrutée, d'autant plus dans un contexte de choc pétrolier qui pèse sur la balance des paiements. Moyen terme (3 à 12 mois) : La mise en œuvre du programme national de formation, à partir de 2027, mobilisera l'OFPPT et l'ANAPEC, avec un effet attendu sur l'offre de compétences pour les secteurs industriels et de services, y compris les métiers liés à la préparation du Mondial 2030. La réforme des retraites, à conduire avec les partenaires sociaux, ouvrira une séquence de négociation avec les centrales syndicales et le patronat ; le calendrier de revalorisation du minimum à 3 000 dirhams conditionnera la soutenabilité des régimes gérés par la CNSS et la CMR. Bank Al-Maghrib devra arbitrer entre une inflation cible de 2 % et le soutien à la demande intérieure. Long terme (12 à 36 mois) : Si le programme est tenu, une croissance annuelle de 5 % sur 2027-2031 créerait un environnement favorable à l'investissement étranger, à condition que la dette publique reste sous contrôle et que la productivité progresse. Le risque structurel principal est la tension entre des engagements sociaux pérennes (pensions, aides) et une base fiscale qui reste à élargir. Parties prenantes marocaines : Gouvernement Mansouri (cheffe du gouvernement, ministère de l'Économie et des Finances pour la trajectoire budgétaire) ; Chambre des représentants et Chambre des conseillers (contrôle parlementaire, commissions des finances) ; Bank Al-Maghrib (inflation et politique monétaire) ; CNSS et CMR (régimes de retraite) ; OFPPT et ANAPEC (formation et emploi) ; ONEE (compensation électrique) ; CGEM (compétitivité et investissements) ; UMT, CDT et UGTM (partenaires sociaux de la réforme des retraites) ; partis de la coalition (PAM, Istiqlal, USFP, PPS), dont la cohésion conditionne la majorité. Contre-thèse : L'impact serait atténué si la croissance restait durablement inférieure à 5 % ou si la hausse des cours pétroliers imposait une révision du déficit cible, transformant le programme en simple déclaration d'intention. Un désaccord au sein de la coalition sur le financement des mesures sociales produirait le même effet.
Pourquoi ce score
Score de 91, en retrait de trois points par rapport au plancher de 94 proposé par la grille. Le vote d'investiture est un fait institutionnel formel, achevé et à effet constitutionnel immédiat : il conditionne la mise en œuvre de la politique publique du Royaume pour cinq ans, ce qui le place au niveau des décisions structurantes du calibrage, comme les nominations gouvernementales notées de 77 à 87 dans le contexte récent, ou le projet Nador West Med, noté 89 pour un engagement de capital irréversible. Le score reste néanmoins sous 94 pour deux raisons. D'abord, l'événement confirme une étape largement anticipée, depuis les législatives du 23 septembre et la nomination de la cheffe du gouvernement le 29 septembre. Ensuite, le programme présenté relève encore de l'intention : aucune loi n'est adoptée, et les objectifs de croissance (5 %) et de déficit (3 %) ne deviennent contraignants qu'avec le budget. L'événement ne repose que sur un article (al3omk.com), tronqué avant la fin du texte ; la prudence s'impose donc sur les mesures non citées et leur calendrier, ce qui conduit à abaisser la confiance à moyenne. Pensée contrarienne : un sceptique objecterait que la marge de neuf voix au-delà du seuil de l'article 88 rend la majorité plus fragile qu'elle n'y paraît, et que l'euphorie institutionnelle surestime la solidité d'une coalition dont les intérêts électoraux peuvent diverger. Le risque d'une lecture alarmiste serait inverse : surestimer le caractère exceptionnel d'un vote qui constitue, dans la plupart des démocraties parlementaires, la routine de la prise de fonction.
Recommandation
Niveau : prioritaire. Pour qui : Chef du gouvernement et son cabinet, ministère de l'Économie et des Finances (direction du Budget), Bank Al-Maghrib, directions de l'ANAPEC et de l'OFPPT, CGEM, groupe parlementaire de la majorité et commissions des finances des deux Chambres. Action concrète : 1) produire sous 1 semaine une note de cohérence entre le programme 2027-2031 et le PLF 2027, avec chiffrage annuel du doublement du soutien social, de la revalorisation des pensions et de la compensation électrique, rapporté à la cible de déficit de 3 % du PIB ; 2) cartographier la marge de manœuvre sous un scénario de pétrole durablement élevé, en intégrant la facture des importations de produits pétroliers et les dépenses de compensation ; 3) suivre la cohésion de la coalition, car neuf voix de marge imposent un suivi des positions des quatre partis sur les textes budgétaires clés ; 4) préparer un message de communication sur la séquence (emploi, pensions, pouvoir d'achat) qui précise les calendriers et évite de présenter comme acquis des engagements non encore budgétés ; 5) ouvrir un canal avec la CGEM sur les mesures de compétitivité, pour éviter qu'un déséquilibre entre hausse des charges sociales et objectifs de croissance ne cristallise un front patronal. Délai : immédiat pour la note de cohérence, premier point de consolidation sous 1 mois après le dépôt du PLF. Signaux à surveiller : dépôt du PLF 2027 et chiffrage du déficit, publication du calendrier de la réforme des retraites, premiers textes sur le ciblage par le revenu et la compensation électrique, évolution du cours du baril et de la facture pétrolière mensuelle, cohésion des votes de la majorité sur les textes budgétaires.