Lutte contre la corruption : le rapport 2025 de l'Instance Bennaliou révèle un fossé entre réformes annoncées et effets réels
Résumé exécutif
Le rapport 2025 de l'instance anticorruption confirme une amélioration limitée de l'indice de perception (39 points) sans rompre avec la tendance de 2018, et pose la question de la traduction des réformes en effets vécus. Il met la pression sur le nouveau gouvernement pour adopter une stratégie nationale et faire aboutir les textes sur l'enrichissement illicite et les conflits d'intérêts. Le signal est surtout politique et réglementaire, avec une portée économique indirecte pour l'attractivité du Royaume.
Impact pour le Maroc
Court terme (0 à 3 mois) : Le rapport alimentera le débat public et la presse. Le gouvernement, dont la composition vient d'être renouvelée, devra répondre aux appels à adopter une stratégie nationale et à faire aboutir les textes sur l'enrichissement illicite, le conflit d'intérêts et la déclaration obligatoire de patrimoine. Les investisseurs et les grands groupes vérifieront leurs dispositifs de conformité. Moyen terme (3 à 12 mois) : Il est probable que la future stratégie nationale soit au cœur des débats parlementaires, avec un risque de retard si les arbitrages sont lents. La fiabilité du suivi des projets (54 % réalisés, 14 % non lancés selon les données reprises) deviendra un critère d'évaluation. Long terme (12 à 36 mois) : Une réforme structurelle pourrait se dessiner autour d'une agence de recouvrement des avoirs saisis et d'un cadre renforcé de protection des lanceurs d'alerte, si le calendrier législatif suit. Parties prenantes marocaines : Haute instance nationale de lutte contre la corruption (émetteur du rapport), chef du gouvernement et ministères concernés, Parlement (commissions de justice et des finances), ministère public et justice, CGEM (conformité des entreprises), CESE (propositions sur la santé), médias et société civile. Contre-thèse : l'impact resterait limité si le rapport n'est suivi d'aucune décision de l'exécutif, et si l'amélioration de l'indice se confirme dans les prochaines éditions.
Pourquoi ce score
Score de 52 : le lien avec le Maroc est direct, puisque l'instance et le rapport sont marocains, mais la criticité reste modérée. Le rapport présente des données déjà connues (indice de perception à 39 points, contre 37 en 2024) et ne crée pas de décision nouvelle. Les articles fournis, au nombre de dix, se recoupent largement sur les chiffres et les appels adressés au gouvernement, ce qui renforce la fiabilité factuelle. Une source, Al3omk, mêle le rapport à des données du HCP et à un commentaire partisan sur la situation des ménages, qui ne sont pas du même périmètre ; ces éléments ne sont pas retenus comme faits. Le score n'atteint pas 65 car aucun texte n'est adopté et aucun horizon d'effet n'est daté. Il dépasse 40 car le sujet touche la gouvernance, la confiance des investisseurs et l'agenda législatif. Un sceptique objecterait que les rapports annuels d'instances de contrôle ont un effet médiatique limité et que l'alerte sur la gouvernance est récurrente depuis 2018. Le risque d'une lecture alarmiste est de surinterpréter un constat déjà connu comme un tournant politique.
Recommandation
Niveau : surveiller. Pour qui : Chef du gouvernement, ministère de la Justice, Parlement (commissions de justice et des finances), CGEM, Bank Al-Maghrib pour le volet gouvernance financière. Action concrète : observation du calendrier législatif sur les textes annoncés et suivi de la future stratégie nationale ; note de synthèse à destination des directions juridiques et conformité des grands groupes ; vérification de l'écho médiatique et de la réponse officielle. Délai : sous 1 mois. Signaux à surveiller : dépôt des textes sur l'enrichissement illicite et le conflit d'intérêts, publication de la nouvelle stratégie nationale, prochaine réunion de la commission nationale de lutte contre la corruption, évolution de l'indice de perception.