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Tomate : le Maroc conforte sa deuxième place européenne face à une Espagne en repli

04:00 · 23 oct.MarocIndustrie & SouverainetéPrimeurs (tomate fraîche)

Résumé exécutif

Le Maroc a devancé l'Espagne pour la deuxième campagne consécutive comme fournisseur de tomates de l'Union européenne, avec 493 millions de kilos contre 476 millions et un chiffre d'affaires légèrement supérieur, malgré un prix moyen plus bas. Ce basculement confirme une stratégie de compétitivité-coût qui transforme une rivalité de filière en contentieux potentiel avec un État membre. Le signal reste sectoriel tant qu'aucune plainte ou décision européenne n'est déposée, mais il place la filière marocaine sous surveillance : la prochaine campagne et une éventuelle demande de défense commerciale espagnole sont les deux points à suivre.

Impact pour le Maroc

Court terme (0 à 3 mois) : L'impact est déjà constaté sur les volumes et la visibilité commerciale : le Maroc a dépassé l'Espagne sur la campagne 2025/2026 (493,33 millions de kilos contre 475,8 millions). Les exportateurs de primeurs du Souss-Massa, probablement les plus exposés à ce marché, bénéficient d'une demande européenne soutenue, mais la structure de prix (2,09 €/kg, inférieur au prix espagnol) signale une dépendance à la compétition par les coûts. L'ONSSA doit assurer la conformité phytosanitaire et la traçabilité des lots, car c'est sur ce terrain que Madrid et la Commission peuvent contester la comparaison. Moyen terme (3 à 12 mois) : La prochaine campagne (2026/2027) sera le test décisif. Si l'écart se creuse, la filière espagnole (FEPEX) est susceptible de demander à Bruxelles une surveillance renforcée des importations ou une révision du mécanisme de prix d'entrée, ce qui ouvrirait une séquence de négociation ou de contentieux. Parallèlement, les hausses de coûts énergétiques et d'engrais mentionnées par le groupe d'experts peuvent comprimer les marges marocaines si les intrants sont importés, et réduire l'avantage-prix. Long terme (12 à 36 mois) : Recomposition structurelle de la carte européenne de la tomate : le recul de la production espagnole, anticipé à 1,2 % sur dix ans selon une étude citée par FEPEX, et la baisse de 37 % des ventes espagnoles vers l'UE depuis 2015/2016 consolident une position marocaine de fournisseur structurel. L'enjeu pour Rabat devient alors de transformer la part de marché en valeur (montée en gamme, certifications, contrats pluriannuels avec la distribution européenne) plutôt que de la défendre uniquement par le prix. Parties prenantes marocaines : Ministère de l'Agriculture (politique de filière, soutien à l'export, adaptation des variétés), ONSSA (conformité sanitaire, certification, réponse technique aux critiques sur les normes), MAEC (direction de l'Union européenne, défense du dossier auprès de la Commission et dans les instances communautaires), CGEM et fédérations agroalimentaires (représentation des exportateurs), Crédit Agricole du Maroc et Attijariwafa bank (financement des campagnes et de la logistique frigorifique), AMDIE (attraction d'investissements dans la transformation et le conditionnement). Contre-thèse : L'écart est faible (environ 3,7 %, soit 17,5 millions de kilos) et une campagne espagnole plus favorable en 2026/2027, ou une reprise de la production de cherry à Murcia, pourrait inverser la tendance sans aucune intervention politique.

Pourquoi ce score

Score de 68, et non 76 retenu par la grille de proximité : l'événement a un lien clair et direct avec le Maroc, puisque le pays est nommé dans le titre et que ses exportations de tomates dépassent celles de l'Espagne sur le marché communautaire, mais il ne franchit pas le seuil du lien fort. Trois éléments tirent le score vers le bas. D'abord, il s'agit d'une confirmation chiffrée d'une tendance déjà documentée (« segundo año consecutivo », « solo confirman la tendencia a la baja »), donc d'une faible nouveauté. Ensuite, les deux articles fournis, l'un d'AS et l'autre de La Opinión de Murcia, reprennent les mêmes données Hortoinfo issues d'Eurostat et de l'ICEX : il s'agit en substance d'une source chiffrée unique, ce qui impose une confiance modérée. Enfin, aucun acte de politique publique, de contrat ou de décision n'est documenté, ce qui justifie une criticité modérée (12/25 dans la grille). Calibrage : l'événement reste en dessous de « Ammoniac chinois pour l'OCP » (72), qui concerne une route d'approvisionnement stratégique, et au-dessus de « Sucre : 63 000 ha » (64), qui relève d'une planification domestique. Un sceptique objecterait que l'écart est faible (environ 3,7 %, soit 17,5 millions de kilos), que la campagne espagnole souffre d'aléas climatiques et phytosanitaires que FEPEX lui-même invoque, et que le Maroc n'est pas le seul bénéficiaire de la baisse espagnole, les Pays-Bas restant premier fournisseur. Le risque d'une lecture alarmiste, qui verrait dans ce chiffre le début d'une guerre commerciale agricole avec l'Espagne, serait prématuré tant qu'aucune plainte formelle n'est déposée.

Recommandation

Niveau : analyser. Pour qui : Ministère de l'Agriculture (direction des filières), ONSSA, MAEC (direction de l'Union européenne et mission auprès de l'UE à Bruxelles), CGEM (commission agriculture et agroalimentaire), ambassade du Maroc à Madrid (suivi de la presse et des organisations agricoles espagnoles). Action concrète : 1) Constituer une note technique de suivi des flux de tomates vers l'UE (codes NC, volumes, prix d'entrée et prix de production) pour disposer d'une base factuelle avant tout débat à Bruxelles ; 2) Préparer, avec l'ONSSA, un argumentaire de conformité sanitaire et de traçabilité qui répond par des faits aux critiques de FEPEX sur les conditions réglementaires ; 3) Anticiper une éventuelle demande espagnole de surveillance renforcée ou de défense commerciale par un dialogue technique préventif avec la Commission ; 4) Maintenir une communication sobre côté marocain : éviter le triomphalisme qui alimenterait la lecture de dumping côté espagnol, dans un climat bilatéral déjà tendu par le dossier de Ceuta. Délai : sous 1 mois pour la note technique et le dialogue préventif ; suivi continu à chaque publication Eurostat mensuelle. Signaux à surveiller : dépôt éventuel d'une plainte antidumping ou d'une demande de mesure de sauvegarde par la filière espagnole ; publication des données Eurostat mensuelles de la position NC 0702 ; évolution des prix de gros du tomate marocain et espagnol sur les marchés européens ; annonces de superficies pour la campagne 2026/2027 au Maroc comme en Espagne.

Sources (2)

La opinion de Murcia ↗04:00 · 23 oct.
as ↗05:20 · 23 oct.

Signaux à surveiller

À venird'ici le 21 janv.1 à 3 mois

Dépôt éventuel d'une plainte antidumping ou d'une demande de mesure de sauvegarde par des organisations de producteurs espagnols auprès de la Commission européenne

Premier signal institutionnel : une plainte transformerait une comparaison statistique en procédure juridique opposable au Maroc.

À venird'ici le 20 nov.1 à 4 semaines

Publication des données mensuelles Eurostat d'importations de tomates (position NC 0702) par pays d'origine

Permet de vérifier si le dépassement de l'Espagne se confirme au-delà de la campagne 2025/2026 ou s'il est saisonnier.

À venird'ici le 30 oct.sous 7 jours

Cotations de gros du tomate marocain et espagnol sur les marchés européens (rond et cherry)

Un écart de prix qui se resserre ou s'inverse modifierait l'argument de dumping invoqué par la filière espagnole.